Quint’Essence

Quatuor Diotima et Suzana Bartal

Quatuor à cordes et piano

Le Théâtre de Châtel-Guyon, 20h30

Dans l’acoustique parfaite du théâtre 1900 restauré de Châtel-Guyon, nous apprécierons les cordes somptueuses du prestigieux Quatuor Diotima dans une œuvre de jeunesse de Schubert, puis dans deux œuvres très différentes où il dialoguera avec le piano virtuose de Suzana Bartal. Le quintette récemment créé d’Éric Tanguy (2019) réinvente une forme musicale qui a connu de nombreux chefs-d’oeuvre depuis le XIXe siècle. Le concert se clôturera avec le grandiose quintette romantique de Johannes Brahms (1868).

Programme :

SCHUBERT : Quatuor n°6 D74
TANGUY : Quintette (pour piano et quatuor à cordes)
BRAHMS : Quintette pour piano et cordes op. 34

Tarif : 25 €

@François Rousseau

PROGRAMME

Quatuor Diotima

Le Quatuor Diotima, formé de YunPeng Zhao, 1er violon, Constance Ronzatti, 2e violon, Franck Chevalier, alto et Pierre Morlet, violoncelle, est né en 1996 sous l’impulsion de lauréats du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Son nom illustre une double identité musicale : Diotima est à la fois une allégorie du romantisme allemand – Friederich Hölderlin nomme ainsi l’amour de sa vie dans Hyperion et un étendard de la musique de notre temps, brandi par Luigi Nono dans Fragmente-Stille, an Diotima.
Le Quatuor Diotima a travaillé en étroite collaboration avec quelques-uns des plus grands maîtres de la deuxième moitié du vingtième siècle, au premier rang desquels Pierre Boulez  et Helmut Lachenmann. En miroir de la musique d’aujourd’hui, le Quatuor Diotima projette une lumière nouvelle sur les grandes œuvres romantiques et modernes, en particulier Beethoven, Schubert, Schoenberg, Berg et Webern, ou encore Janáček, Debussy, Ravel et Bartók.
Sa riche discographie, où se distinguent notamment ses interprétations des quatuors de Bartok ainsi que de l’École de Vienne et la version définitive du Livre pour Quatuor de Boulez est régulièrement saluée par les plus prestigieuses récompenses de la presse internationale.
Depuis 2008, le Quatuor Diotima a tissé un lien privilégié avec le territoire de la Région Centre-Val de Loire. Il y développe à Orléans, une saison de concerts dédiée au quatuor à cordes et à l’Abbaye de Noirlac une Académie où se côtoient jeunes compositeurs et quatuors du monde entier.

Suzana Bartal, piano.

Suzana Bartal, directrice artistique du Festival “Piano à Riom”,  est née dans une famille d’origine hongroise à Timisoara (Roumanie). Elle a donné son premier recital en solo à l’âge de 12 ans. En 2005 elle est venue en France, où elle a travaillé avec Denis Pascal, Pierre Pontier et Florent Boffard à Paris et à Lyon au Conservatoire national supérieur de musique. Elle a ensuite travaillé avec Peter Frankl à la Yale School of Music (États-unis) de 2011 à 2014. Elle y a obtenu un doctorate of Musical Arts. Elle a gagné le prestigieux concours New York Concert Artists Concerto Competition en 2013. 
Elle mène depuis une brillante carrière internationale dans de grands festivals et de prestigieuses salles de concert. A la rentrée 2019, elle a fait ses débuts à la Philharmonie de Paris en soliste avec l’Orchestre Pasdeloup sous la direction de Marzena Diakun, ainsi qu’en récital à l’Auditorium du Musée du Louvre. Son premier album dédié à la musique de Schumann est sorti en 2016 chez Paraty (Harmonia Mundi distribution). Son enregistrement en 2 CD de l’intégrale des Années de pèlerinage de Liszt est paru début 2020 chez Naïve et a été chaleureusement accueilli par la presse.

Les œuvres :

Franz Schubert, Quatuor n° 6 en ré majeur (D 74)

Génie précoce, Franz Schubert (1797-1828) écrivit ce quatuor à l’âge de 16 ans. Il fut d’abord interprété à l’occasion de l’anniversaire de son père, maître d’école et violoncelliste amateur. C’est une musique chantante et sans prétentions métaphysiques, écrite pour ces soirées familiales et amicales, ces fameuses “Schubertiades”, où des musiciens souvent amateurs mais d’un bon niveau se faisaient une joie de jouer les dernières créations du jeune compositeur, qui tenait parfois les parties de violon ou d’alto. Schubert est encore ici sous l’influence des quatuors de Haydn et de Mozart, et l’on entend ça et là des réminiscences de ce dernier. La forme est très classique avec quatre mouvements (Allegro ma non troppo, Andante, Menuet et trio, Allegro).

Éric Tanguy, Quintette

Éric Tanguy (né en 1968) est l’un des principaux compositeurs français de notre époque. Son œuvre abondante, interprétée partout dans le monde, comporte aussi bien de la musique symphonique que de la musique de chambre. Le quintette avec piano joué ce soir a été achevé en 2019 et créé la même année à Paris. C’est une commande de l’École normale de musique, où Eric Tanguy enseigne la composition.
La forme du quintette avec piano a été surtout pratiquée au XIXe siècle, notamment par les plus grands compositeurs romantiques et post-romantiques. N’hésitant pas devant cette « confrontation vertigineuse », Eric Tanguy nous livre une œuvre très personnelle, qu’il a décrit de la manière suivante :

« Du point de vue de la structure, la pièce, d’un seul tenant, s’articule en trois parties distinctes, mais enchaînées. Le caractère initial de la pièce, d’abord mystérieux puis intense et pulsé se transforme en moment lyrique et méditatif. La partition s’achevant ensuite par un final effréné, jubilatoire et tumultueux. Tout au long de la partition, un dialogue s’instaure entre le piano et le quatuor à cordes au travers de situations multiples et sans cesse renouvelées. La modalité harmonique, caractéristique de mon travail de compositeur, imprime aux textures mélodiques et rythmiques une couleur singulière évoquant un ailleurs poétique lointain et imaginaire ».

Johannes Brahms, Quintette avec piano, op. 34.

L’association du piano et du quatuor à cordes fut un choix essentiellement romantique, même si au XVIIIe siècle, Boccherini a laissé de nombreux exemples, un peu oubliés, de cette formation. Mozart et Beethoven, pour leur part, préférèrent associer le quatuor à vents au piano. C’est Schubert qui composa le premier chef-d’œuvre romantique pour quatuor à cordes avec piano, plus connu sous le nom de « La Truite » (1819). Schumann publia son quintette avec piano en 1842, inaugurant une longue et magnifique série de pièces romantiques de ce genre avec notamment ceux de Brahms, Dvoràk, Franck, Pierné et Fauré.
Le quintette avec piano en fa mineur de Johannes Brahms (1833-1897) a connu une genèse complexe, comme beaucoup d’œuvres d’un compositeur perfectionniste qui retouchait longuement ses œuvres. D’abord écrite pour quintette à cordes (sans piano), cette musique fut critiquée par deux éminents amis musiciens du compositeur : la pianiste Clara Schumann et le violoniste Joseph Joachim. Ils se plaignirent plutôt d’un embarras de richesse dans une partition foisonnante de thèmes variés. Brahms ensuite réécrivit alors l’œuvre sous la forme d’une monumentale sonate pour deux pianos, qui a ses mérites propres et d’ailleurs est toujours jouée. Puis il décida enfin d’élaborer un dialogue plus articulé entre le piano et les cordes, dans cette version définitive qui connut un succès immédiat dès sa publication en 1865.
Comme souvent chez Brahms les mouvements sont ceux de la sonate classique : un mouvement rapide de forme sonate (Allegro non troppo), un mouvement lent (Andante un poco adagio), un scherzo et un finale en trois parties. La forme sonate est un principe de développement, qui est en général appliqué au premier mouvement d’une sonate : l’exposition expose le ou les thèmes (ici il y en a 3 ou 4) dans des tonalités définies, on les développe ensuite en modulant, c’est le développement, puis dans la réexposition on reprend tout ou partie des thèmes. Les trois autres mouvements sont très riches et contiennent également plusieurs thèmes, le finale étant le plus développé. Brahms ne cède jamais à la facilité et ne se relâche jamais. L’écriture est très variée : thèmes vigoureux à l’unisson, contrepoint, passages fugués, alternance de rythmes binaires et ternaires, syncopes, décalage rythmique entre le piano et les cordes… Bref une œuvre monumentale de près de 45 minutes, qui ne le cède en rien à ses concertos et à ses symphonies.